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{14 Sombrétoile 683} L'Avant | pv. Saeed

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(#) {14 Sombrétoile 683} L'Avant | pv. Saeed
24.08.18 18:07

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14 sombrétoile 683
L'Avant

L'année s'achevait.
Année difficile pour tous. La guerre était à présent terminée depuis plusieurs mois, après presque un siècle, et une ambiance très particulière régnait sur Aziel. Tout le monde essayait de se reconstruite comme ils pouvaient. Chacun y mettait du sien, les Guildes faisaient leur travail, aidant du mieux possible. Mais pour ce qui était de l'Ordre ... Le Jugement n'avait plus vu certains de ses compères depuis l'annonce de l'Armistice. Comme évaporés. Plus de guerre, plus de chevaliers. Elle avait salué quelques têtes, vu encore une fois Le Pendu qu'elle voulait à tout prix éviter, tout comme Le Mat. En y repensant, ce sont bien les seules personnes qu'elle avait fréquentées durant ces dix années de lutte, de guerre, après être sortie de la prison dans laquelle elle avait été enfermée. Beaucoup de ses amis d'enfance, avant tout ça, étaient morts au combat. Ceux qui étaient encore là ne préféraient pas la croiser. Juliette avait changé. C'était autrefois une jeune demoiselle de la Noblesse, souriante, passionnée, cultivée. Elle aimait raconter des histoires, s'interroger et surtout s'amuser sans faire attention aux ordres de son père. Aujourd'hui, c'est une femme froide, effacée, solitaire. Le temps passe et les gens changent.

La neige s'était arrêté de tomber cette nuit-là. Le froid de la saison d'Hibernalus venait refroidir les cœurs des amoureux fêtant l'Amour. On est le 14 Sombrétoile et ce mois portait bien son nom, il faisait sombre et le ciel était recouvert d'une épaisse couche étoilée. Juliette avait jusque là parcouru une assez grande distante pour arriver à Anthipre le lendemain. Elle s'en allait chercher une auberge pour s'y reposer durant la nuit. Laissant son destrier à l'abri, sous la surveillance d'un palefrenier, elle entra dans l'Auberge de fortune la plus proche, époussetant son chapeau noir des fines particules qui restait de neige. La salle était pleine de monde, difficile de trouver de la place où s'asseoir pour manger quelque chose. Tout en déboutant le haut de son manteau, elle s'approcha du tavernier de la guilde des Restaurateurs.

- Je vois qu'il y'a du monde. Elle fit un rapide coup d’œil tout autour, songeuse. Vous reste-il une chambre pour cette nuit ?

- V'z'arrivez au bon moment, y'm'en reste plus qu'une. Beaucoup d'monde c'soir.

Un repas chaud complet, une chambre propre et un petit-déjeuner le lendemain matin. Juliette avala sa salive devant la note salée mais paya tout de même ces 110. Il fallait bien remettre Aziel sur pied. Elle restait sur la chaise du bar, attendant son repas quand le tavernier revint.

- V'z'êtes de l'Ordre, n'est-ce pas ? Les rumeurs s'échangent vite ici. En effet. Répondit-elle froidement. La Mort est ici ...

Juliette ne comprit pas de suite où il voulait en venir. Pensant à une menace, sa main vint se poser sur son fourreau. Mais l'homme lui sourit simplement, lui présentant ses dents manquantes, et lui fit signe de la tête de regarder juste derrière elle en direction de l'une des tables. C'était Saeed. Juliette avait oublié beaucoup de choses, mais pas son amie d'enfance. Elle avait sa place dans son vieux journal intime, qu'elle gardait dans sa boîte à secrets. Toutes deux étaient de l'Ordre, mais ne s'était jamais reparlé depuis qu'elles étaient devenues chevalières. Juliette souhaitait l'éviter, l'amour n'ayant pas sa place. Elle était tout simplement en train de manger, toute seule. Elles ne s'étaient pas revues depuis l'Armistice. Poussant la chaise sur laquelle elle s'était assise, Juliette se décida à s'approcher pour la saluer. Du fond de son coeur, elle était contente de croiser sa vieille amie. Surtout en temps de paix.

- Saeed ?

Elle attendit que La Mort se retourne et l'aperçoive. Le Jugement essayait de paraître la plus neutre possible, mais son excitation et sa nervosité ne pouvaient l'empêcher de sourire. Plus de vingt-cinq ans sans se parler comme avant, de tout, de n'importe quoi, en se chamaillant et en se faisant des papouilles. Mais Saeed était bien là, assise sur sa chaise, à cette table, dans cette auberge.

- Bonsoir.
@feat saeed
Awful
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La Mort
La Mort


(#) Re: {14 Sombrétoile 683} L'Avant | pv. Saeed
28.08.18 23:18

14 sombrétoile 683 – l'avant

Elle attend, Saeed.

Elle est assise à l’écart, les mains croisées sous le menton. Paupières closes, faciès fermé sur le monde. Dehors, tout se réchauffe. Une musique légère louvoie entre les corps qui s’entrechoquent. Vivace, elle s’enroule autour des hanches, s’immisce dans les oreilles, épouse les peaux prisonnières de lourdes étoffes. C’est la fête de l’amour. Saeed ne se souvient guère l’avoir jamais célébrée. Ou peut-être d’autres jours, en d’autres temps, sous un autre toit. Avant. Elle préfère ne plus y penser. Inutile de ressasser les remembrances qu’elle ne pourra plus jamais approcher.

Dehors, la nuit rafraîchit les sentiers. Et ce qui pousse les frileux à se lover dans leurs manteaux de fourrure, sinon dans les bras d’un partenaire de chair, lui fait l’effet d’une petite brise de Veribus. Elle s’est habillée léger. Plus élégante que d’habitude ; une chemise en lin blanche, surmontée d’arabesques azur, lui caresse la peau du torse ; un pantalon en cuir et des bottes hautes lui enserrent les jambes. Ses longues mèches brunes, tressées sur son crâne, tombent dans son dos en ruisseaux mordorés. Elle s’est apprêtée Saeed, pour ce soir.

Elle n’attend personne, pourtant.

« Voilà votre dîner ! »

Elle ouvre les yeux et attrape l’assiette. Sourire éclatant, à la vue d’un gros morceau de viande, couteau planté dans la carne saignante et couverte d’herbes et de petits légumes colorés. Elle lève le museau vers la serveuse, une jolie dame rondelette aux cheveux roux, bien campée sur le parquet.

« Vous n’étiez pas obligée de me servir autant. Les vivres doivent se faire rares, en ce moment.
— Ne vous en faites pas ! Nous avons assez pour la soirée, et puis, c’est un jour spécial. Et nous vous devons beaucoup : avec une carrure comme la vôtre, vous devez avoir un gros appétit. Elle adresse un clin d’œil à son hôte. Et vous alors ? Pas de galant ? Une galante, peut-être…
— Oh, moi ? Un rire étouffé lui secoue la poitrine. Non, hem… C’est un peu difficile de trouver, avec un surnom pareil, vous en conviendrez… Et puis, je ne cherche pas…
— Si vous ne cherchez pas, alors on viendra à vous ! Sur ce, je dois vous laisser.
— Merci encore. »

Pendant quelques secondes, Saeed demeure interdite devant son assiette.  Elle hausse les épaules. Souffle du nez. Cette serveuse est gentille. Sa main découpe une part de viande, pour l’enfourner dans sa bouche. Tout en mastiquant, elle observe, songeuse, les couples qui s’échaudent dans la taverne. La musique rapproche les corps. Les lèvres s’effleurent. Les mains se glissent vers des endroits interdits. Les esprits meurtris par la guerre lèchent leurs plaies, pour ouvrir d’autres brèches. Et la Mort pose sur eux un regard bienveillant, dénué d’envie. C’est heureux, si ce genre de bonheur revient. Elle s’en passera. Un pli creuse son front ; elle chasse le doute en secouant la tête. Bien sûr qu’elle s’en passera.

« Saeed ? »

La chevaleresse sursaute. Manque de s’étouffer en avalant son bout de viande. Cette voix. Oh, ce n’est plus la même qu’il y a vingt-cinq ans. Mais il y a toujours ce ton, ce timbre… Il n’y a qu’elle, pour prononcer ainsi son nom. Et l’impression ne fait que se confirmer, quand Saeed tourne enfin la tête. Juliette.

« Comme tu as changé… », laisse-t-elle échapper.

Avant de se donner une pichenette mentale. Bien sûr qu’on change après autant de temps, quelle sotte.

« Bonsoir, Juliette. », lui répond-elle.

Prononcer son prénom lui donne l’impression de le dépoussiérer d’un seul coup. Lorsque l’Ordre l’a prise, Saeed a cru ne jamais revoir sa tendre amie d’enfance. Et puis, en entrant sur le champ de bataille, elle a de nouveau entendu son nom, associé au Jugement. Et l’a soigneusement évitée. Mais il lui est arrivé, lors des jours les plus sanglants, d’espérer ne jamais devoir prendre sa vie.
Elle lui rend son sourire, et tapote le dossier de la chaise à côté d’elle.

« Viens donc t’asseoir. C’est… étrange, de se revoir en ce jour précis. »

Et elle de se demander, un court instant, comment se sortir de l’impasse. C’est étrange, oui. Désarmant. Peut-être aurait-elle dû se jeter par une fenêtre, au lieu de l’inviter.

 
dialogues #02a4a4 – avec Juliette de Fallois


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